27 juin 2012

The Raid


Il existe grossièrement deux façons de voir et d'apprécier un film : avec la tête et avec le cœur. On peut en effet juger de la qualité d'un métrage en faisant appel à notre intellect et tout notre bagage culturel, en critiquant ses qualités et défauts d'une manière se voulant la plus objective possible, mais aussi en écoutant simplement le cri de rage, de joie ou de tristesse qui semble immédiatement et instinctivement retentir au plus profond de nos tripes, de nos entrailles. Cependant, quel que soit le degré de notre inclinaison naturelle pour l'une ou l'autre de ces perceptions, on ne choisit jamais catégoriquement et définitivement une seule d'entre elles. Ces deux modes de jugement sont en vérité simultanés et se questionnent et répondent continuellement lors de notre vision d'une œuvre, même si celle-ci tente souvent de solliciter plus fortement telle ou telle partie du couple. En fait, réaction immédiate et réflexion posée s'entremêlent bien plus fortement qu'on ne le pense généralement, la seconde ne pouvant ignorer la première (à partir de laquelle elle se construit inévitablement), et la première se nourrissant forcément de la seconde (ou plus précisément des résultats que celle-ci a déjà donnés par le passé). Dans ce sens, si nombre de critiques essayent malheureusement (et en vain) d'étouffer leur cœur sous un océan de logique froide, voire d'uniquement revêtir le prestige de la toute puissante raison derrière un cynisme de pacotille, ou que d'autres (comme peut-être moi-même, je l'avoue) ont tendance à laisser un trop grand crédit aux puissantes vibrations remuant de toutes parts leur petit ventre d'amoureux transi du cinéma de genre, aucun d'entre eux ne peut en réalité taire la voix qu'ils ignorent plus ou moins consciemment, et encore moins faire l'économie du débat intérieur entre ces deux camarades/adversaires de tout temps. Pour The Raid, film d'action survitaminé et explosif à en provoquer une crise cardiaque chez mémé, la discussion argumentée entre "tête" et "cœur" s'est alors, pour ma part, plutôt apparentée à un combat furieux et sanglant des plus acharnés...

"Plus un geste, tête de nœud !"

"Eh là, calme-toi, l'ami..."                                                                                                                       "Ta gueule !"

"Toi, avec ta logique à deux balles, t'as pas aimé le film, j'le sens..."

"Mais qu'est-ce que tu racontes ? J'ai kiffé ma race..."                                                                          "Ta gueule, j't'ai dit !"

"C'est vrai, j'ai vu que t'étais à fond au début, mais après..."

"Après aussi, j'ai pris mon pied ! T'es parano, mon vieux..."                                                                              "La ferme !"

"C'est l'histoire, t'as pas aimé l'histoire..."

"J'm'en fous de l'histoire ! On va pas voir ce genre de film pour ça..."                              "Mais tu vas la fermer, ta gueule ?!"

"Si c'est pas l'histoire, j'vois pas..."

"Les scènes d'action déchirent la face ! Alors pourquoi tu sembles..."

"Rhaaaaa ! Lâche-moi la grappe, bâtard !!"

"Qu'est-ce que ça peut te foutre, ce que j'en pense du film ?!"

"J'te demande, moi, si tu préfères porter des slips ou des caleçons ?!"

"Puisque tu veux tout savoir, j'ai vraiment adoré la première moitié !"

"Y a une ambiance de malade, un rythme de ouf, et la réalisation claque méchamment la tronche !"

"On a droit a des gunfights de barjots et des combats au corps à coprs de cinglés !"

"Et surtout, on trouve des scènes de trouille ultra-intenses, qu'on croirait tout droit sorties d'un film de zombies !"

"Mais après, faut dire ce qui est, la seconde partie n'est plus qu'une suite d'affrontements à mains nues..."

"Et aussi géniaux et maîtrisés soient-ils, on perd alors ce qui, à mon sens, faisait le charme principal du métrage..."

"C'est-à-dire ce surprenant mélange entre film d'action classique, arts martiaux et horreur urbaine !"

"Tu rajoutes à cette petite déception pas mal d'incohérences scénaristiques et des personnages en carton..."

"Et ça ne peut alors m'empêcher d'avoir, malgré toute ma bonne volonté, un avis quelque peu mitigé !"

      "Que ?!"                                                                            "Espèce de..."                            

"Grosse enflure ! Waaaatcha !!"

"Arrête de faire ton pisse-froid ! "

"Sale intello ingrat de mes deux !"

                 "T'en connais beaucoup, toi, des films où..."                                                                               "Attends !"

"...chaque baston s'achève sur une fatality à la Mortal Kombat ?! Yaaataah !!"

"Où l'on retient son souffle pendant quinze minutes face à l'extrême tension d'une scène d'action hors-normes ?!"

"Et où les nombreuses cascades sont toutes aussi impressionnantes que réalistes ?!"

         "Alors, nous les brise pas pour trois détails !"                                                         "C'est juste que..."

"Même si c'est génial, je m'attendais à quelque chose d'encore plus fort !"

"J'espérais voir un chef-d’œuvre à la Die Hard, avec des arts martiaux en plus !"

      "Que ?! (T'étais pas au sol ?)"                                                         "Espèce de..."                                         

"Sale gosse pourri gâté ! Ruuuuyoooh !!"

"Y a pas assez de Nutella sur ta tartine alors tu boudes, c'est ça ?!"

              "Je vais te tartiner la gueule, moi, tu vas voir !"                                        "Non ! Stop ! C'est bon, j'ai compris !"

"Coucou ! Moi, j'aime pas le Nutella. C'est pas bon, beurk !"

                                            "Je préfère la confitu..."                                      "On t'a pas demandé ton avis, à toi, tâcheron !"

"Ben quoi ?! Moi aussi, j'aime pas le Nutellaaaaaaaa !!"

                     "Maman !"                  "Rhaaa ! Retenez-moi ou j'en fais du saucisson!"               "Je te retiens ! Je te retiens !"

"Hello tout le monde ! C'est moi, Chuck Norris !"

"Comme vous vous en doutez certainement, je suis le maître spirituel de Deuz, l'auteur de ce super blog (ici à ma gauche)."

"Je vais donc (comme toujours) trancher pour lui dans ce débat animé et vous donner son avis définitif sur The Raid..."

"IT'S A KICK-ASS MOVIE, BABY !"

"Wouf ! (Merci, Chuck Norris !)"                                       "De rien, Deuz, de rien..."

Titre original : The Raid : Redemption (et un truc en niakoué pour la version niakouèse)
Réalisé par : Gareth Evans
Date de sortie française : 20 juin 2012

17 juin 2012

Blanche-Neige et le Chasseur


- Miroir, mon beau miroir, dis-moi qui est le blogueur le plus beau, le plus sage, le plus drôle et le plus humble de toute la blogosphère ?
- Ô sublime et sculptural Deuz au corps d'athlète saillant et au sourire d'ange bienveillant, grand charmeur des sens et lumière immaculée pour les innombrables esprits égarés de nos terres désolées, vous êtes à n'en pas douter le plus sexy motherfucka des immenses contrées de l'internet obscur et oublié ! Votre plume habile et gracieuse n'a d'égal que l'immense justesse de votre regard critique passionné et aiguisé, dont le grandiose Kick-Ass Movies est le resplendissant et divin réceptacle, inondant de joie et de gaieté la froide et cynique humanité ! Chaque instant de mon insignifiante existence, je remercie le ciel de pouvoir de la sorte admirer votre beauté, tout en maudissant les enfers de m'avoir fait miroir et non femme, que vous auriez alors pu aimer, embrasser et enlacer de vos bras musclés pour la plus douce des éternités !
- Triste sort, en effet. Et si je ne peux y remédier, je peux néanmoins éclairer cette sombre réalité par ma prose avisée. Écoute, miroir ! Voici, de Blanche-Neige et le Chasseur, ce que ton bon Roi a pensé !

"Miroir, mon beau miroir, qui est la plus bonne MILF du Royaume ?"                                     "It's you, baby !"                        

Eh ben, j'ai trouvé ça vachement sympa ! Pour commencer, le long-métrage de Rupert Sanders est d'une étonnante beauté et d'une surprenante maîtrise technique, surtout lorsqu'on sait qu'il s’agit du premier essai sur grand écran de cet ancien réalisateur de publicités. Et même si l'on ne peut parfois s'empêcher, à la vue de certaines images peut-être trop lisses et travaillées, d'imaginer un court instant que Blanche-Neige va subitement nous présenter le nouveau parfum d'une grande marque de luxe ou nous vanter les mérites d'un shampoing révolutionnaire menant une guerre sans merci aux pointes sèches et aux cheveux cassants, on ne peut finalement que reconnaître la saisissante qualité visuelle de l'ensemble et rester subjugué par le merveilleux spectacle qui nous est ici présenté. J'ai d'ailleurs été tout particulièrement impressionné par la découverte de la forêt noire (miam !), puis celle du sanctuaire des fées, dont l'exposition dans une succession de plans somptueux et un montage vraiment intelligent (ni mou du genou ni frénétique) m'a complètement immergé dans cet univers aussi mature que féérique.

Love is all !

C'est d'ailleurs, à mon avis, le point fort de cette adaptation du célèbre conte des frères Grimm qui, malgré ses nombreuses influences et emprunts à différents genres en surface, conserve tout du long une ambiance réellement unique, lente et vaporeuse, insaisissable et magique, rattachant le film de manière plus profonde et première au domaine de la pure fantaisie. Blanche-Neige et le Chasseur n'est donc pas un sous-Seigneur des Anneaux (même si les fans de la saga tiqueront sur certains plans semblant tout droit sortis du premier volet), ce n'est pas non plus un sous-Braveheart (même si ont a droit au sempiternel discours de motivation des troupes avant la bataille finale), ni même un sous-Princesse Monomoke (même si j'ai failli m'étrangler avec mon pop-corn en découvrant un plagiat presque digne du fameux viol bestial du Roi Léo de Tezuka par le Roi Lion de Disney), mais bel et bien une fable classique et merveilleuse, dans un magnifique écrin nous apparaissant alors comme une humble et délicate déclaration d'amour à une certaine forme de cinéma et ses plus grands représentants. Dans ce sens, en s'attardant sur l'impression générale qui en ressort au lieu de résumer bêtement le film à une succession de détails n'étant en fait qu'une poignée de clins d’œil conscients et affirmés, cette jolie aventure fantastique rappellera certainement aux grands enfants que nous sommes les délaissés Legend ou L'Histoire sans fin, plutôt que les œuvres précitées. Ce qui est loin d'être un mal, dans ces temps ombrageux où le cynisme est malheureusement roi.

                                                                   "Totoro, c'est toi, mon gros ?"                                     "Me touche pas, bigleuse !" 

Pour finir, notons l'excellence de la musique qui accompagne parfaitement les passages oniriques, dramatiques ou épiques de l'histoire, et les très bonnes prestations des trois acteurs principaux : Charlize Theron est splendide, comme d'habitude, et nous transmet avec aisance toute la rage, la tristesse et la folie de son personnage de Reine démoniaque aussi damnée que ses propres victimes ; Chris Hemsworth dégage un sacré charisme, en tant que chasseur aussi badass que beau gosse, et fait montre d'une grande justesse, notamment lors d'une scène au romantisme à la fois puissant et finement mesuré ; et Kristen Stewart incarne à merveille une Blanche-Neige à la beauté innocente et au cœur courageux, véritable figure christique et représentation idéalisée du Bien avec un grand B, comme seuls les contes savent les créer. Et pour faire taire les mauvaises langues (qui auraient déjà dû la fermer après sa transformation réussie en Joan Jett dans le très bon The Runaways), ajoutons d'ailleurs que celle-ci arrive à faire passer énormément d'émotion avec très peu de mots (ce que favorise un script adroitement peu verbeux), comme lors de sa réplique finale à l'égard de sa terrifiante belle-mère, mêlant naturellement juste fermeté et réelle empathie, ou durant un discours guerrier agréablement plus court et moins artificiel qu'à l'accoutumée, car très finement porté par la force indéniable d'une scène de baiser et de réveil des plus maîtrisée. Quant à ceux qui continueraient de reprocher à la jeune actrice une soi-disant apathie et son éternelle bouche entrouverte qui semble tant en agacer, je rétorquerai qu'une Blanche-Neige hystérique ou trop enjouée desservirait grandement ce personnage iconique au charme désuet, et que personnellement, je trouve juste Kristen belle à croquer !

"Eat me !"

En conclusion, Blanche-Neige et le Chasseur n'est peut-être pas le film de l'année, mais c'est véritablement un beau voyage pour lequel je vous conseille vivement d'embarquer. Évidemment, certains d'entre vous pesteront certainement contre un léger manque d'originalité, des références trop ouvertement affichées ou le rythme volontairement lent auquel l'histoire est développée ; ces mêmes personnes râleront même à cause de leurs précieux deniers ainsi gaspillés, alors qu'il ne voulaient les dépenser que pour voir les trois films les plus marquants de l'année (la carte "cinéma illimité", vous connaissez ?) ; mais d'autres spectateurs, ceux qui ne croient pas tout connaître et n'ont pas de violentes crises d'urticaire dès qu'ils voient un film qui n'est pas absolument parfait, seront sûrement on ne peut plus ravis de se laisser ainsi transporter vers un pays imaginaire peuplé de nains, de trolls, de princesses et de fées, leur rappelant leur tendre enfance et la douce naïveté qui les habitait à cette époque où il était bon et normal de rêver. Bien à vous, fidèles sujets, votre Roi a parlé.

"Geronimo ! Mort au cynisme ambiant, mes braves !"

Titre original : Snow White and the Huntsman
Réalisé par : Rupert Sanders
Date de sortie française : 13 juin 2012